L'écrivain Pierre Péan jugé pour racisme anti-Tutsi - Libération
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Société
L écrivain Pierre Péan jugé pour racisme anti-Tutsi
CHRISTOPHE AYAD
QUOTIDIEN : mercredi 24 septembre 2008
«La culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis, et dans une
moindre part,...
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L écrivain Pierre Péan jugé pour racisme anti-Tutsi
CHRISTOPHE AYAD
QUOTIDIEN : mercredi 24 septembre 2008
«La culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis, et dans une
moindre part, par imprégnation, chez les Hutus.
» Il suffit de remplacer Tutsi par Juif pour imaginer le
tollé qu aurait provoqué à sa sortie, en novembre 2005, le livre de Pierre Péan, Noires fureurs, blancs
menteurs (Fayard), consacré au génocide de 1994 au Rwanda.
Mais à l époque, le volumineux pavé
n avait suscité que quelques comptes-rendus, globalement défavorables, de journalistes spécialisés
dans les affaires africaines.
Un silence expliqué par la réputation et l entregent de Péan, enquêteur de
renom, mais aussi par l omerta des dirigeants français sur le génocide de 800 000 Tutsis et opposants
hutus au Rwanda.
La France, gauche et droite confondues, a en effet soutenu jusqu au bout le régime
hutu raciste qui a commis le génocide.
Lobbying.
Un an plus tard, une plainte était déposée par SOS Racisme et Ibuka, une association de
rescapés du génocide.
Au final, l écrivain enquêteur et son éditeur, Claude Durand, sont poursuivis
pour «complicité de diffamation raciale» et «complicité de provocation à la discrimination, à la
violence et à la haine raciale» envers les Tutsis.
Vingt-cinq passages du livre sont incriminés.
Le procès s est ouvert hier, devant la 17e
chambre du tribunal correctionnel de Paris.
Pour
SOS Racisme, son président, Dominique Sopo, a accusé Péan de «reprendre, de fait, des présupposés
de l idéologie génocidaire qui a conduit au drame […] au Rwanda».
Dans son ouvrage, Péan cite
notamment, à l appui de sa théorie sur le mensonge «congénital» des Tutsis, la «petite étude
historique» d un certain Paul Dresse, dans les années 1940.
Ce dernier, proche de l extrême droite
belge, reprenait tous les clichés sur les Tutsis, race soi-disant sémitique.
Or, avant et pendant le
génocide, les médias de la haine, aux mains du lobby hutu extrémiste, comme Radio Mille Collines et
le magazine Kangura, diffusaient les mêmes clichés.
Même proximité douteuse lorsque Péan explique
que la diaspora tutsie a effectué un lobbying «très efficace» en guidant «de très belles femmes tutsies
vers des lits appropriés», ceux des responsables des «principales organisations internationales», des
«milieux intellectuels» et des «acteurs politiques du monde entier», pour les gagner à leur cause, c està-dire celle des rebelles du Front patriotique rwandais, alors en guerre contre le régime raciste de
Kigali.
Pugnace.
Pierre Péan voit dans cette plainte une «flétrissure» : il a rendu sa mise en examen
responsable d une «crise cardiaque».
Mais à 70 ans, l auteur d Une jeunesse française reste toujours
aussi pugnace.
Il a fait citer pour sa défense deux personnalités de renom.
Bernard Debré, ministre de
la Coopération en 1994 et adepte de la thèse du «double génocide», qui veut que les Hutus aient subi
eux aussi un génocide, réduisant le génocide tutsi à un massacre interethnique.
L autre est Hubert
Védrine, ancien secrétaire général de l Elysée sous Mitterrand, meilleur soutien international du
régime rwandais, qui a fini par commettre le génocide.
Claude Durand, lui, a argué d «un demi-siècle
de combat contre la discrimination et pour les droits de l homme».
Cela suffit-il à lui garantir une
immunité antiraciste ?
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